Un poème en alexandrins que Valérie aime bien, que les instits s’échangent par mail et dont je n’ai pas réussi à retrouver l’auteur.

Le Président et le Ministre, Comédie, 2009

Le président   Entrez-donc mon ami et venez prendre place  Afin de me conter ce qui vous embarrasse  La réforme est lancée, elle avance à grands pas  Mais je vois bien qu’à tous celle-ci ne plait pas.  Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche  Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche. 

Le ministre   Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point  Voyez comme en ces temps je sais rester serein.  J’ai fait ce qu’il fallait et fait preuve d’audace 

Le président   Allez contez moi donc je ne tiens plus en place ! 

Le ministre    J’ai d’abord pour vous plaire modifié les programmes  Pour faire des élèves des besogneux sans âme.  Ils se feront gaver du matin jusqu’au soir  Et n’auront plus de sens à donner au savoir ;  Voilà qui nous fera des citoyens dociles  Qui ne s’attacheront qu’à des choses futiles. 

Le président   Fort bien, les programmes sont un bel artifice  Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.  Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir  Promettant des réformes, n’en disant que très peu,  Pour qu’une fois reçu l’aval des isoloirs  Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !  Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce  Car je veux tout savoir ! 

Le ministre   Voilà ce qui se passe :  Je commence par rayer en trois ans les RASED  Et pour tromper les gens sur le maintien de l’aide  Je laisse aux enseignants l’entière liberté  De s’occuper tout seuls de la difficulté.  Ils auront pour cela comme unique bagage  La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !  J’ai enlevé deux heures d’école par semaine  Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent :  On dit la journée de trop longue durée  Qu’il faudrait réformer notre calendrier  Et moi je vous dis qu’il en faut davantage  Et qu’il faut les forcer même jusqu’au gavage ! 

Le président   C’est à n’en point douter une idée fort plaisante,  Le mérite sera la seule valeur payante ! 

Le ministre   Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier  Je les envoie le faire à l’université.  Voyez l’inanité d’une bonne formation  Nous qui n’avons besoin que d’agents et de pions !  Cela vous plaît-il ? 

Le président

Assurément je pense,  Mon humeur est ravie et elle est d’importance  Car c’est elle qui règle le cours de mes pensées  Qui font toujours écho à l’actualité.  Mon caprice me met dans des emportements,  J’ai des mots qui ne sont plus ceux d’un Président,  Je flatte ce qu’il faut des instincts les plus bas,  Parle plus en mon nom qu’en tant que chef d’état,  Sur toutes mes idées je veux qu’on légifère  Et ne supporte pas qu’on m’empêche de le faire.  Des médias je me sers et grâce à mon emprise  Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,  Enfin, si j’utilise les services de la presse  C’est parce qu’aux yeux de tous il faut que je paraisse.  Mais contez-moi encore votre train de mesures. 

Le ministre   De l’école en danger j’augmente la fêlure :  Il existe des classes que l’Europe nous envie  Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.  Il serait opportun de les faire disparaître  Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres  Qui ne font de leur temps que des couches changer  Et ne connaissent point les joies de la dictée.  Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses  Et il n’y aurait plus de maternelles en France !  Afin de remplacer les absences des maîtres  Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.  Si celui qui remplace se trouve être plombier,  La chaudière de l’école il pourra réparer,  S’il est mécanicien et connaît son affaire  Les voitures des collègues il pourra bien refaire,  Et si par de la chance il se trouve enseignant  Il pourra prendre en charge d’une classe les enfants ! 

Le président   Je reconnais bien là votre astuce admirable  Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !  Cette école qui veut faire des citoyens  Il faut qu’à l’avenir elle n’en fasse rien !  Œuvrez donc mon ami, la tâche n’est pas mince  Car c’est l’éducation qui menace les Princes !!!! 

L.G. janvier 2009